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C’était notre Goncourt à nous

Entretien avec samia riffaud

Cet article est consacré à une personne qui a fait écrire le livre de la vie de ses parents. La particularité : ce n’est pas mon travail qu’elle va mettre en valeur. Lorsque la biographie a été réalisée, je n’avais même pas connaissance du métier. Grâce à elle, je vous fais découvrir le chemin d’une personne qui a fait ce choix et ce que ça a changé (ou pas) pour sa famille et elle, le cheminement, etc.

Bonne lecture !

Entretien

Bonjour Madame Riffaud, merci de m’accueillir et de me consacrer un peu de temps pour me parler de ce projet. Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de ce livre ?

Alors, ce que je voudrais dire surtout, c’est que j’ai des parents atypiques, avec un parcours de vie atypique, riche. On a été éduquées avec certaines valeurs et je suis dit que je ne devais pas connaître un quart de la vie de mes parents et que j’aimerais en savoir un petit peu plus avant qu’ils ne parent. 
Je suis également une maman de quatre enfants et je me suis dit que ça sera un petit peu un héritage familial

De quoi aviez-vous envie ? Quelle forme de biographie souhaitiez-vous ?

Je voulais quelque chose de factuel. Je me disais qu’en vieillissant, on devait avoir tendance à modifier la réalité, peut-être même à l’améliorer. Donc oui, je voulais quelque chose de factuel. Et puis, comme je travaille beaucoup et qu’ils ne sont pas à Limoges, je ne les vois pas beaucoup. Donc je m’étais dit qu’il fallait que je trouve des solutions et cette formule-là était une jolie solution. Et je voulais que ce soit une rencontre en commun, qu’ils soient là tous les trois en même temps, mes parents et la personne qui écrirait, qu’il n’y ait pas un moment passé avec mon papa et un moment passé avec ma maman.

Comment avez-vous entamé la démarche ?

Il a fallu que j’arrive à les convaincre. Ma maman était tout à fait d’accord. Elle aime la littérature et elle n’a pas peur des mots. Pour mon papa, ça a été plus compliqué parce que c’était beaucoup de pudeur. Donc il avait du mal à se dire qu’il allait falloir qu’il raconte sa vie à quelqu’un qu’il ne connaissait pas. Pour lui, ce n’était pas facile parce qu’il n’a pas eu la même éducation que ma mère, il n’avait lui-même pas demandé les mots pour dire. Et que peut-être les mots de cette personne-là ne seraient pas les bons. Donc il a émis un petit peu plus de réserve et on a mis un peu plus de temps à le convaincre. C’était beaucoup de peurs.

Quels souvenirs gardent-ils de cette expérience ? 

Finalement, mon papa s’est prêté au jeu. C’est quelqu’un d’ouvert d’esprit et il a aimé faire ça. Pour eux, c’était quand même extraordinaire de se raconter comme ça. Ce sont des gens simples et ils pensaient que c’était réservé à une certaine catégorie de personnes. 

Il y a eu des moments drôles comme elle les a vus tous les deux en même temps : quelques prises de bec parce qu’ils n’étaient pas d’accord sur la manière dont un événement s’était passé. Et c’est normal. Ils m’ont expliquée qu’ils n’avaient pas perçu les choses de la même façon. Mais c’était drôle !

Vous ont-ils dit si ça avait réveillé des souvenirs qu’ils avaient oubliés ?

Ah oui ! Comme tout le monde, dans la vie les événements s’enchaînent, ils passent et on les oublie. Et là, de remettre à plat des périodes, et quand on est dans une recherche intellectuelle, on se dit : « Ah ben oui, je l’avais oublié ça ». Donc oui, c’est revenu.

Et finalement…

Eh bien, nous avons eu un livre qui a été le fruit de plusieurs heures de discussions. Nous l’avons fait éditer en une centaine d’exemplaires. Quand nous avons reçu le colis de chez l’imprimeur, nous étions tout contents. C’était notre Goncourt à nous ! Cela nous a permis de donner à notre famille. Mes parents l’ont dédicacé. C’était un joli moment, je ne regrette vraiment pas d’avoir fait ça ! Moi, je l’ai offert à mes enfants et chacun garde son livre précieusement à la maison. À l’époque, ma dernière avait huit ans, elle ne se sentait pas vraiment concernée. Maintenant, elle en a dix-huit et elle l’a dans sa chambre, je sais qu’elle l’a lu. Parfois même, elle s’y replonge par chapitre. Et puis, maintenant mon papa est âgé, a des soucis de santé, ça ne pourrait pas se faire pareil. 

Est-ce que vous vous souvenez combien de temps il s’est passé entre le moment où vous avez eu l’idée et le moment où il y a eu le livre ?

Oh, il s’est bien passé une année quand même. Il a fallu trouver la personne qui serait en capacité de rédiger, je le leur ai offert en cadeau, il y a eu leur temps de réflexion et puis il a fallu organiser les rendez-vous parce qu’ils venaient à Limoges pour les entretiens. J’avais fait le choix de prendre quelqu’un de Limoges pour faire ça et c’était eux qui venaient. Puis le temps de la rédaction et de l’impression, oui, il a bien fallu une petite année

Avez-vous des frères et sœurs ? Avaient-ils la même envie ?

J’ai une sœur aînée et nous sommes très différentes l’une de l’autre. Elle est beaucoup moins dans les mots, dans la musique et dans l’art en général que moi. JElle s’est sentie bien moins concernée. C’était vraiment mon envie, même si elle a bien entendu eu son livre et sa fille aussi et que je sais qu’elles l’ont lu. Mais elle ne ressentait pas ce même besoin. Chacun est différent.

Est-ce que depuis ce livre, vous avez engagé de nouvelles conversations avec vos parents ?

Non, j’avoue que depuis, non. Il y a eu cet événement et puis on n’est pas revenus dessus. Parce que je pense que j’ai des parents assez pudiques et il y a des conversations qui ne se font pas. À l’époque du livre, ça a permis d’enclencher quelque chose et puis on est revenus dans cette habitude que tout ne se dit pas.

Vous avez une idée, un projet, contactez-moi !

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