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De l’équitation à la maroquinerie, Une reconversion réussie pour Fanny !

De l’équitation à la maroquinerie, Une reconversion réussie !
– Fanny Lelong-Sonthonnax –

Elle travaille dans un atelier à sa mesure, à son image : calme, doux, apaisant. Elle travaille au milieu de machines plus ou moins récentes, chinées et en parfait état. Elle travaille au milieu de la matière, avec cette odeur enveloppante et caractéristique : le cuir.

Elle, c’est Fanny. Toujours le sourire aux lèvres, elle m’accueille dans son écrin de verdure pour me faire découvrir son métier : artisane maroquinière.

Son parcours

Clermontoise d’origine, elle vient en Limousin pour suivre son mari. Ici, Fanny continue de vivre de sa passion comme elle le faisait en Auvergne : Les chevaux.

Propriétaire d’un centre équestre, elle consacre aux animaux et à leurs cavaliers tout son temps. Pas de répit, c’est sept jours sur sept qu’elle s’y rend. Elle a véritablement l’amour des équidés, les laisse au pré le maximum. Ils sont dans des boxes en hiver, seulement lorsque la météo l’y oblige. Mais c’est bien en étant libres de leurs mouvements, dehors qu’ils sont le mieux.

Fanny leur consacre trente années.

Puis la fatigue commence à poindre. Bien qu’encore passionnée, elle s’interroge : peut-elle continuer ainsi ? À ce rythme ? Elle se pose, réfléchit et prend une décision radicale : elle va changer de métier. Vers quoi se diriger ? Là est la question. Comme elle a aimé le toucher du cuir avec tout le matériel de harnachement des chevaux, elle pense instinctivement à la maroquinerie. Mais elle ne s’y est jamais essayée ; et veut de la création.

Fanny s’offre alors un stage de découverte d’une semaine et est séduite par ce qu’elle réalise. Son choix se confirme, son mari et sa fille la soutiennent ; elle se lance dans un CAP maroquinerie.

Pendant son cursus, elle se forme dans différentes entreprises de la région, notamment chez Daguet, un haut lieu de l’artisanat haut-viennois. Fraîchement diplômée, ils l’embauchent et elle y travaillera trois ans, avant d’être licenciée pour motif économique.

Un nouveau choix se propose : doit-elle rechercher un nouvel emploi ou en profite-t-elle pour faire naître son entreprise ? Son envie de créer l’emporte et elle développe sa marque, se lancent dans toutes les formalités nécessaires et dans l’aventure Atelier Antiope !

Antiope justement ! Ce nom la rattache à l’équitation puisque c’est le nom d’une Amazone, de la reine des amazones. C’est le seul lien qu’elle garde avec son ancien domaine d’activité. Elle a définitivement tourné la page et ne monte même plus pour le plaisir. Fanny est entière, elle s’investirait trop.

Alors, c’est reparti, notre maroquinière se réinscrit dans des stages de perfectionnement, développe de nouvelles compétences et adhère à Résocuir.

En 2019 : Atelier Antiope existe !!!

images de sacs atelier Antiope
Logo atelier Antiope

Son activité

Aujourd’hui, Fanny crée, développe et fabrique ses propres produits. Installée dans son atelier, et toujours en cours d’évolution, elle imagine, trace, teste, tente, réalise des prototypes, fait des essais techniques, calcule, vérifie et adapte.

J’entrevois toutes ses machines et toutes les phases de réalisation. Je suis émerveillée et stupéfaite devant le nombre de tâches différentes qui se succèdent. Bien entendu, je me doutais qu’il y avait du travail.

Mais sincèrement, peut-être pas autant de séquences.

D’autant plus qu’elle gère tout de A à Z, de la conception à la commercialisation et à la promotion.

Sur la gestion d’entreprise en elle-même, elle a conservé les connaissances acquises avec le centre équestre. Certes, ce n’est pas exactement la même chose, mais sur ce volet-là, ça aide quand même.

Alors, voilà ce que je découvre durant mon immersion dans l’atelier : plein de machines, d’outils, d’accessoires. Chacun a son utilité.

Sur sa table de travail, elle dessine les modèles à partir des gabarits, coupe le cuir en fonction de la forme voulue (droite ou courbe). Puis, pour que le produit soit uniforme et harmonieux, elle passe la ou les morceaux de cuir dans une refendeuse. Ainsi, ils auront la même épaisseur.

Ensuite, ce sont les bords qu’elle passe dans une pareuse pour les désépaissir encore plus et lui permettre de les coudre. Je raccourcis volontairement, mais vient logiquement en suivant le piquetage des bords avec sa machine à coudre spécial cuir. Ceci, elle est non seulement obligée de le faire pièce par pièce (sac, pochette, etc.), mais par élément aussi pour éviter qu’il y ait des boursouflures ou des surépaisseurs à la fin.

C’est un travail long et minutieux qui se fait là.

Elle m’explique aussi tout le travail de finitions, les teintures sur les bords de chaque pièce pour un aspect parfait. Elle me dit le temps que ça prend avant de me présenter le coupe-bande qui lui sert à tailler les lanières qui deviendront les bandoulières.

Ensuite, son visage s’éclaire, ses yeux brillent lorsque Fanny me montre sa petite merveille. Il faut dire qu’elle a toute sa place cette machine de plus de cent ans, qui fonctionne donc manuellement, sur laquelle il n’y a jamais de panne et qui pourrait trôner fièrement dans un musée. Avec elle, c’est le collage des bandoulières qui se fait avant la séance de surpiquage. Fanny s’est même offert sa petite sœur pour les bandes plus fines. Ce sont ses machines favorites. Elles sont tellement agréables à utiliser ! Quand elle me fait une démonstration, je comprends ce qu’elle ressent, le toucher de la matière, son évolution sous ses doigts, sans intervention électrique…

La fabrication avance. Petit à petit, les étapes se terminent. Il faut encore assembler, vérifier la qualité, les éventuelles imperfections et marquer le cuir du logo Antiope imaginé pour représenter la marque éponyme. Cela se fait avec de l’estampillage à chaud.

Enfin, on arrive au bout. Dit ainsi, on pourrait avoir l’impression que ça va vite. Il n’en est rien. Chaque geste est précis et ne supporte aucun faux mouvement. Chaque finition est longue.

Pour avancer, Fanny fait de la petite série : plusieurs pièces du même modèle à la suite. Mais aucune automatisation, que des gestes à la main. C’est ça l’artisanat, le vrai.

L’artisanat, le vrai, c’est aussi s’adapter à la demande du client. Elle me montre sur un sac besace l’ensemble des personnalisations souhaitées par une cliente. Elle aura un modèle unique. Elle m’expose aussi des créations particulières, dont elle imagine maintenant un dérivé à proposer à la vente.

Parce que son activité ne s’arrête pas là. Elle est sa propre commerciale, tient des stands sur des marchés, prend place dans des boutiques éphémères, communique sur les réseaux pour se faire connaître. Elle a même développé un ensemble d’ateliers pour venir créer soi-même une pièce.

En résumé, elle ne chôme pas !

Son éthique

Fanny m’explique qu’elle aurait souhaité avoir une démarche cent pour cent éthique et responsable sur toute sa chaîne de production. Sa jeune entreprise ne pourrait pour le moment pas assumer certains frais. Elle sait bien que les fournisseurs locaux auxquels elle s’est adressée sur des demandes spécifiques pratiquent le juste prix de la qualité qu’ils produisent. Pourtant, elle a dû se résoudre à acheter ailleurs. En attendant. Parce que dès qu’elle le pourra, elle reverra sa position.

Sur tout le reste, rien n’est gaspillé. Nous rions même ensemble quand je lui demande sur quoi elle dessine ses gabarits. Eh oui ! Ça se passe sur des cartons d’emballage alimentaire. Rien ne se gaspille ici !

Les chutes de cuir sont des éléments qui aiguisent sa créativité et elle développe avec de nouveaux produits à la fois originaux, pratiques et utiles pour le quotidien. Et les petits restes dont elle ne sait pas quoi faire pour le moment, elle les conserve précieusement. Un jour peut-être, elle saura quoi en faire. Et si ce n’est pas elle, ce sera un autre artisan ou une association. Pourquoi pas ? Le temps le dira.

Pour son organisation aussi, c’est système « récup’ ». Pour éviter qu’elles ne se tassent, qu’elles s’abîment et qu’elles soient introuvables, les peaux sont rangées… dans des tubes en carton récupérés ! Chaque chose a son utilité, disions-nous !

En termes d’éthique, je lui demande si elle a déjà eu de la demande pour des sacs végans. Pour le moment, non. Elle avoue qu’elle adore le toucher du cuir, mais qu’elle ne s’opposerait pas à travailler les nouvelles matières en ananas, par exemple. Il faudrait qu’elle se penche sur la question. Mais il y a si peu de demande pour le moment. Moi, je découvre une chose : ces matières n’ont pas le droit de porter le nom de « cuir ».

Quezalim

C’est en droite ligne de sa démarche éthique et responsable que Fanny devient partenaire Quezalim. Lors d’une déambulation sur un marché, Frédéric est attiré par son étal. Il est en train de développer son entreprise. Il vient la voir, lui parle de son projet, lui explique sa démarche, sa volonté.

De son côté, elle découvre une personne pleine d’idées et d’envie, qui n’a pas les deux pieds dans le même sabot et dont la démarche résonne en elle. Elle comprend et s’accorde à son souhait de donner un nouvel élan au commerce de produits locaux.

Alors elle s’engage dans l’aventure ! Qui ne tente rien n’a rien et en tant qu’entrepreneure, elle sait que ce ne sera pas forcément tous les jours facile. C’est ainsi et c’est la vie. Elle deviendra ainsi une des partenaires les plus impliquées de la boutique.

Vous avez une idée, un projet, contactez-moi !

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